Épuisement professionnel : j’arrête de me suradapter !

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Depuis 2 ans, les cas d’épuisement professionnel sont en augmentation, notamment en raison de l’incertitude, du bouleversement des organisations de travail et de la vie quotidienne, ou encore de la surcharge de travail dans certaines professions, sans parler des injonctions contradictoires et du manque de moyens (liste non-exhaustive (!)). Abordons aujourd’hui le sujet de la suradaptation, cause fréquente d’épuisement lié au travail.

Faites-vous partie de ces personnes hyper-engagées, qui sont prêtes à se dépasser et s’adapter pour atteindre les objectifs et servir les intérêts de l’entreprise ou des usagers, et ce « quoi qu’il en coûte » 😉 ?

Oui ? Attention à ne pas vous épuiser !

En effet, la suradaptation est un critère majeur de risques psychosociaux. Cynthia Fleury[1] la décrit comme

« un phénomène d’obligation d’adhésion aux hyper-contraintes, une volonté d’hyper-intégration, de ne pas faillir, de ne pas décevoir, un déni des dysfonctionnements, ou alors une forme de fatalité qu’on associe à une hypervigilence et qui provoque une usure très forte. »

Entendons-nous bien : la flexibilité et l’adaptabilité c’est tout à fait ok !
Là où des problèmes de santé peuvent survenir c’est quand on s’adapte en permanence à des contraintes fortes au détriment de notre santé, de notre identité profonde ou de nos intérêts. C’est bien l’aspect excessif de l’adaptation qui devient problématique.

Peut-être ne vous sentez-vous pas concerné de prime abord, cependant je vous invite à vous poser quelques instants pour interroger votre rapport au travail, afin de faire un pas de côté et vérifier que vous n’êtes pas en suradaptation chronique.
Encore une fois, s’adapter de manière ponctuelle est plutôt positif et n’est pas dangereux dans la mesure où l’on va se ressourcer dans la foulée puis reprendre notre activité quotidienne avec suffisamment de distance pour se préserver.

Là où cela devient délétère, c’est quand on s’oublie et que l’on est en permanence en dehors de notre zone de confort, en surchauffe à force ne nous adapter en permanence à un environnement contraignant pour nous, et qui ne nous permet plus de nous ressourcer.

Les candidats à la suradaptation n’en sont pas nécessairement conscients d’emblée, précisément parce qu’ils se suradaptent pour nourrir un/des besoin(s) essentiel(s), bien souvent inconscient(s).
De plus, la prise de recul est d’autant plus difficile que la personne est « le nez dans le guidon » depuis des mois, voire des années.

Mais, croyez-moi, et je vous en parle également en tant qu’ancienne suradaptée chronique et « surchauffée du bulbe » 😅 : il est vital d’interroger notre rapport au travail et nos comportements professionnels, pour ensuite ajuster et rester en bonne santé sur la durée.

Pour réduire une tendance forte à la suradaptation, il sera également important de faire un travail de fond à propos de ce qui nous a poussé à nous suradapter à ce point.
Travailler par exemple la confiance en soi, l’affirmation de soi, la reconnaissance et le respect de nos besoins personnels, le besoin de reconnaissance, le rapport au travail, à l’autre, à l’autorité, à l’effort, à la précarité…
La liste sera en réalité différente pour chacun d’entre nous.

Pour commencer, voici quelques critères qui vous permettront de vous faire une première idée de votre propension actuelle à vous adapter. Ceci n’est pas un test psychologique, juste des questions interrogeant votre tendance à vous adapter au détriment de vos intérêts.

Dans quelle mesure vous retrouvez-vous dans ces affirmations (pas du tout, un peu, beaucoup, complètement) ?

☐ Vous avez tendance à vous sentir responsable de trop de choses
☐ Vous avez tendance à porter le poids des dysfonctionnements ou des insuffisances de vos collègues
☐ Vous sentez que le fait de repousser vos limites et de ne pas vous écouter fait partie de votre identité, de votre personnalité
☐ Vous vous rendez compte que vous tirez un peu trop sur la corde mais remettez toujours à plus tard les instants de ressourcement car on a besoin de vous
☐ Quand quelque chose ne vous convient pas, vous préférez prendre sur vous que de le faire remarquer, et encore moins changer
☐ Vous ne refusez jamais une nouvelle mission, même si vous êtes déjà débordé.e
☐ Quand la formulation d’objectif est floue, ambigüe ou paradoxale, vous vous contorsionnez pour l’atteindre sans demander à le clarifier, car vous pensez que c’est sûrement vous qui avez mal compris
☐ Vous accordez beaucoup d’importance au fait de faire plaisir ou de satisfaire les autres
☐ Manager, vous avez tendance à absorber toute la pression pour préserver votre équipe
☐ Vous avez tendance à vouloir vous débrouiller seul.e
☐ Vous recevez souvent des instructions floues ou contradictoires que vous n’osez pas demander à clarifier, ou dont vous ne parvenez pas à obtenir de clarification
☐ Vous avez peur de dire que vous n’avez pas compris une demande/attente, et devez ensuite redoubler d’efforts pour avoir une chance de tomber juste
☐ Vous vous êtes vendu.e comme « autonome » donc vous n’osez pas demander de directives plus claires quand vous en avez besoin
☐ Vous vous épuisez à atteindre des objectifs qu’on ne vous donne pas les moyens d’atteindre
☐ Vous avez tendance à vous suradapter par peur du conflit, du jugement ou du rejet
☐ Vous ne prenez pas au sérieux vos propres perceptions, ressentis et pensées, vous vous fiez donc à ce que les autres vous disent de votre état ou de vos conditions de travail ? (ex. : « Mais non, tu m’as l’air en pleine forme ! » ; « Tu te fais des idées, arrête de te faire des nœuds au cerveau » ; « C’est ta sensibilité qui te joue des tours » ; « C’est comme ça partout, si ça ne te convient pas c’est peut-être que tu es trop exigeant.e / faible / … »)
☐ Vous ne vous autorisez pas à vous montrer tel.le que vous êtes dans le cadre professionnel, vous jouez un rôle au quotidien
☐ Vous avez très peur de désobéir ou d’aller à contre-courant donc vous vous adaptez au détriment de vos intérêts
☐ Vous faites tout ce que vous pouvez pour ne pas faire de vagues, au détriment de vos intérêts
☐ Vous êtes prêt à tout pour préserver l’harmonie de l’équipe, même si vous devez pour cela faire des acrobaties en permanence, même si le prix à payer est très lourd
☐ Vous pensez que la flexibilité sans bornes est un gage de professionnalisme
☐ Vous êtes dans un conflit de valeurs permanent avec votre environnement professionnel ou vos missions, mais n’osez pas changer les choses 
☐ Vous n’osez pas demander des aménagements ou de l’aide, par peur de paraître incompétent.e ou de déranger
☐ Vous êtes soumis.e à des exigences contradictoires ou paradoxales que vous tentez coûte que coûte de satisfaire

Maintenant vous avez une idée plus claire de votre tendance ou non à la suradaptation.

Si vous avez détecté une propension particulière à la suradaptation.
Cette tendance vous procure-t-elle plus d’énergie qu’elle ne vous en coûte ?
Quel impact cela a-t-il sur votre satisfaction professionnelle ?
Quel impact cela a-t-il sur votre confiance en vous ? Et votre estime de vous ?
Quel impact cela a-t-il sur votre vie personnelle ?
Quel impact cela a-t-il sur votre santé ?

Si toutefois le bilan est négatif, c’est-à-dire si vous sentez que vous vous épuisez à trop souvent vous adapter : Que souhaitez-vous faire de cette situation ?
Est-ce ok pour vous ?
Souhaitez-vous modifier certains de vos comportements pour alléger le poids des efforts d’adaptation dans votre quotidien ? Si oui, lesquels ? Quelle est la plus petite chose que vous pourriez changer aujourd’hui pour alléger cette charge ?

Il n’est pas question ici de changer radicalement de comportement du jour au lendemain : si nous nous adaptons c’est pour préserver quelque chose d’important pour nous.

Il est donc plus sécurisant ici d’y aller étape par étape, en commençant par ce qui nous paraît le plus facile à mettre en place, même une toute petite chose qui passe inaperçu. Puis, petit à petit, élargir la zone de confort et la confiance en notre capacité à agir dans notre intérêt, en modifiant d’autres aspects.

Bien entendu, se faire accompagner par un coach dans cette démarche est tout à fait indiqué.
Si vous souhaitez étudier la pertinence d’un accompagnement en coaching à ce propos,
le premier RDV est gratuit et sans engagement 😉


[1] Fleury C. (2021), MOOC CNAM « Risques Psychosociaux », Enjeux Éthiques (1e partie).

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